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France Insights

Présidentielle 2017 : 5 certitudes à oublier

Emmanuel Rivière

Directeur France

Legislatives 21.05.2017 / 09:00

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Cela n’a finalement pas été aussi terrible, pour les sondages, de suivre cette élection pleine d’inconnues et de ruptures. Il s’est passé exactement ce que disaient les enquêtes.

Mais il était plus difficile de croire ce qui se déroulait sous nos yeux tant le scénario de cette présidentielle 2017 bousculait de certitudes acquises. Certitudes qu’il faut désormais oublier.

Le duel présidentiel est un piège pour les centristes

L’échec de François Bayrou en 2007 avait confirmé l’analyse selon laquelle l’élection présidentielle était fermée aux candidats du centre. La perspective du duel final imprégnant tout le scrutin, renforce le clivage gauche droite et n’offre qu’un espace de témoignage aux candidats qui refusent de s’aligner. La logique binaire agit alors comme un couperet interdisant aux centristes un accès à un second tour où ils auraient pourtant toutes leurs chances. La qualification puis la victoire d’un centriste qui a fait du dépassement du clivage gauche un axe majeur de sa campagne est le principal enseignement de cette élection. Gauche et droite restent des repères forts, mais la succession des alternances dépourvues de sens et l’affaiblissement du système des partis ont eu raison de la frontière prétendument infranchissable qui séparait les deux camps.

Les affaires, ça ne compte pas

On s’est un peu trop appuyé sur quelques cas où un clientélisme appuyé a permis à des maires pris dans les filets de la justice de bénéficier du soutien d’administrés peu regardant, pour en conclure que les Français n’accordaient pas d’importance aux affaires. C’était oublier leur poids, déjà, dans la défaite socialiste historique de 1993, leur rôle dans les régionales de 1998 et les municipales de 2001. Les affaires ont contribué à pousser Nicolas Sarkozy vers la sortie en 2012, et l’ont empêché de revenir en 2016, de même que la condamnation de Juppé fut un handicap lors des primaires. François Fillon a cru que les erreurs confessées vaudraient expiation, et que la contre-attaque sur le complot ferait bouclier, mais le « Pénélopegate » a joué un rôle majeur dans cette campagne. Dans leur portait du président idéal, les Français exigeaient qu’il soit exemplaire, et ce n’était pas négociable.

La présidentielle c’est une question d’expérience

On a longtemps dit que pour gagner la présidentielle il fallait d’abord l’avoir perdue, par référence à François Mitterrand puis Jacques Chirac, comptant chacun deux défaites au compteur. Nicolas Sarkozy et François Hollande on fait mentir l’adage , mais au terme d’un long parcours, fait de campagnes locales ou nationales gagnées ou perdues, de traversées du désert et de passages à vide, comme si les Français ne voulaient introniser que des éprouvés. Elire comme en 2012 quelqu’un qui n’avait jamais été ministre était déjà inédit. Désigner quelqu’un qui n’avait jamais été élu semblait impossible. Il fallait pour atteindre le pouvoir suprême avoir accompli patiemment le cursus honorum des fonctions électives, du canton à la représentation parlementaire. Mais cette élection se situe dans une époque où la détention d’un mandat vous fait appartenir aux yeux de l’opinion à une caste suspecte, coupée du monde et autocentrée. Avoir exercé un « vrai métier » est davantage valorisé, au point que le passage dans une banque privée au nom pourtant tellement évocateur d’opulence que Rothschild n’a quasiment pas été une difficulté pour obtenir les voix d’une partie de la gauche et des catégories populaires.

Pas de campagne sans parti

Ségolène Royal a-t-elle perdu en 2007 faite de soutien du Parti Socialiste ? Jacques Chirac l’a-t-il emporté sur Edouard Balladur en 2015 parce qu’il avait la main sur le RPR ? Dans un cas comme dans l’autre ce n’était sans doute pas la seule raison, mais il était établi que l’appui d’un parti, c’est-à-dire d’un appareil militant aguerri et bien établi territorialement était une condition sine qua non d’une victoire présidentielle. La création ex nihilo d’En Marche et la mobilisation des Marcheurs pour en faire une machine de guerre électorale est l’une des nouveautés les plus inspirantes sur ce que peut désormais être le militantisme, confortée par l’expérience également réussie de la France insoumise. Une participation à la carte, associée à un sentiment de fierté nourrie par le fait de jouer un rôle contributif et non d’exécutant. Pour ces deux formations, le maintien de la mobilisation lors du passage d’une élection présidentielle personnalisée et médiatisée à une élection législative multilocale sera un vrai test.

Les élections ça se passe à la télévision

Cette affirmation reste un peu vraie, et c’est la conviction inverse, que la présidentielle 2017 serait l’Election 2.0 (et on l’avait déjà prédit en 2012) qui pourrait être interrogée. La visibilité médiatique des candidats a été beaucoup assurée par les médias audiovisuels, et d’un poids certain. Lors des primaires comme lors de la présidentielle elle-même, les débats télévisés ont beaucoup pesé, et le duel final a impacté comme jamais le résultat du second tour. A l’inverse, on peut affirmer que si seule la campagne numérique avait compté, Emmanuel Macron ne serait sans doute pas président. Malgré tout, cette campagne a marqué une étape supplémentaire quant à l’impact de la présence numérique des candidats et de la mobilisation des militants sur les médias sociaux. Fillon comme Hamon ont dominé les campagnes numériques de leurs primaires respectives. La chaîne YouTube de Jean-Luc Mélenchon a préparé son succès notamment chez les jeunes. La résistance opiniâtre de François Fillon a trouvé des relais efficaces et des raisons d’espérer sur les médias sociaux. Ces derniers ont aussi, comme jamais auparavant, donné à toutes sortes de fausses informations un écho impressionnant et tristement annonciateur de ce que seront désormais les campagnes électorales.

Pour les législatives, deux certitudes incompatibles

La campagne des législatives devrait mettre à mal une autre certitude, car les deux suivantes, hérités du passé, sont incompatibles : celle selon laquelle les législatives qui suivent la présidentielle octroient une majorité au président élu (1988 faisant à peine exception) et celle selon laquelle les clefs de nombreuses circonscriptions se trouvent dans l’implantation locale, le statut de député sortant où la capacité à « tenir » la circonscription via les mairies ou les cantons conquis par son parti. La trentaine de députés sortant investis par La République en Marche , les quelques centaines d’élus qui se sont ralliés à Emmanuel Macron situent la formation du nouveau président très en retrait par rapport au PS et à Les Républicains sur ce critère. Sa victoire par majorité absolue rendrait caduque cette prime aux sortant et à l’implantation élective, un revers ferait des législatives non plus des élections de confirmation, mais l’élection décisive pour la première fois à l’ère du quinquennat.

Source : Kantar Public

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