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France Insights

Les Primaires à Droite et à Gauche : une finalité mise en débat

Cécile Lacroix-Lanoë

Directrice d'études, Kantar Public

Presidentielle 06.02.2017 / 19:00

Primaire-droite-bulletins

Alors que François Fillon, vainqueur de la primaire de la droite et du centre, est plongé dans des difficultés judiciaires et que les questionnements persistent sur la capacité de Benoît Hamon a rassembler son camp après sa victoire à la primaire de la Belle alliance populaire, les participants à notre communauté en ligne Kantar Public – Krealinks s’interrogent sur l’utilité du processus des primaires dans le système politique français.

Au terme d’une actualité politique rythmée depuis la rentrée 2016 par les élections primaires en vue de l’élection présidentielle, les participants à notre « communauté présidentielle 2017 », en partenariat avec Krealinks, se sont interrogés spontanément sur l’intérêt de ce type de scrutin.

Organiser une élection primaire pour l’élection présidentielle à venir comme l’ont fait Les Républicains et le Parti socialiste est un cheminement qui ne va pas de soi, voire suscite des critiques chez les membres de notre communauté présidentielle. Ils y voient un révélateur des défauts de la scène politique française et les avancées démocratiques généralement attachées à ce système ne sont pas toujours perçues.

Une élection de trop, à défaut d’un leader naturel

Organiser une élection primaire serait d’abord la preuve d’une absence de personnalité emblématique, selon les internautes qui s’expriment sur ce sujet. A leurs yeux, les primaires sont des élections par défaut d’une personnalité « sortant du lot » au sein des partis : s’il y avait une personnalité emblématique, il n’y aurait pas besoin de passer par cette échéance, comme ce fut le cas avec Nicolas Sarkozy en 2007, souligne un internaute. Cette figure manquante serait caractérisée par une « stature présidentielle » et par l’incarnation d’un « projet commun ».

« Quand je regarde ces primaires, ça me fait dire qu’il n’y a personne capable de porter un projet commun. » ; « Ces primaires sont là puisqu’il n’y a personne qui sort du lot... il n’y a personne de crédible... il manque un homme « politique »... un vrai ! » « Je pense qu'on n’a plus vraiment « d'élite » et que c'est pour cette raison qu'il y a ces primaires. »

Alors, l’élection primaire apparaît comme un remède pour pallier ce manque, voire pour le cacher. Ces électeurs perçoivent les primaires comme une tromperie « à la mode » qui utilise de façon dévoyée le vote des citoyens dans l’intérêt des candidats. Cette idée récurrente est souvent exprimée avec résignation, mais en mineur c’est par une grande hostilité à l’égard du monde politique qu’elle est communiquée.

« Je pense que peu de personnes ont la stature de président. Et du coup, on fait semblant de jouer le jeu de la démocratie en demandant au peuple de voter pour un candidat. » ; « C’est de l’ordre du gadget, ils ont besoin de cela pour donner l’impression d’un adoubement total. »

Dans cette optique, les élections primaires apparaissent donc comme une échéance électorale « en trop ». Ces contributeurs estiment que les partis devraient choisir eux-mêmes un candidat capable de synthèse, ce qui permettrait d’éviter la déchirure entre différents courants (en prenant notamment pour exemple la fracture ressentie entre Benoît Hamon et Manuel Valls au cours de la Primaire de la Gauche) et l’accumulation de candidats lors des primaires.

« Aura-t-on un jour la pré-primaire pour élire les candidats à la primaire ? Ce sont les partis politiques qui devraient continuer à prendre leurs responsabilités, à se regrouper, un peu comme un conseil municipal élit son maire. » ; « Nous sommes maintenant dans un systèmes d’élections à 3 fois 2 tours, donc une élection à 6 tours. Ça fait beaucoup... » « Mais est-ce vraiment à nous, électeurs, de faire le tri dans les différents axes politiques au sein du grand parti socialiste ? Pourquoi ne feraient-ils pas ce travail en interne, et nous proposeraient un candidat qui ferait la synthèse ? »

Ce raisonnement implique que la désignation du candidat à la présidentielle devrait rester aux mains d’une sphère restreinte (bureau politique ou encartés) d’autant plus que les primaires accessibles aux sympathisants d’autres bords peuvent questionner la légitimité du candidat élu potentiellement grâce aux voix venant de l’autre camp.

« La désignation de l'élu est faussée car des opposants au parti de gauche ou de droite vont voter pour forcer les voix sur des candidats plus fragiles. »

Un intérêt démocratique cependant reconnu

Le renouvellement de la classe politique apparaît comme l’une des premières vertus des primaires. Par l’élimination des « anciens » et la préférence pour des nouveaux candidats à l’élection présidentielle, les primaires sont une occasion supplémentaire de renouveler le paysage politique et les internautes, même hostiles au principe des primaires, leur attribuent ce filtre.

« Exit Juppé, Sarkozy et même Duflot chez les écolos... En cela, au moins c’est utile ! Pour tous ceux qui ne voulaient plus du « système », en voilà quelques-uns dehors. Maintenant, du sang neuf ça ferait du bien... »

Certains internautes pro-primaires font ressortir d’autres arguments, avancés traditionnellement par les partis politiques organisateurs des primaires : ces élections permettent de confronter des programmes, de faire connaître de nouvelles personnalités politiques ou de nouvelles idées et de faire sortir du lot le meilleur candidat pour son parti. Elles jouent également un rôle de sélection bienvenu, pour éviter qu’il y ait trop de candidat à l’élection présidentielle.

« Les primaires permettent de connaître les différents programmes proposés et les discordes au sein d’un même parti. Et ça permet de voir certains politiques immergés se faire connaître auprès des Français. » ; « Avec les primaires, le candidat pour la présidentielle est finalement le plus emblématique ou le plus charismatique, et tout le monde a besoin de ça. » « Les primaires sont nécessaires pour éviter trop de candidats à l’élection présidentielle ».

Romain Weber, Chargé d'études
Cécile Lacroix-Lanoë, Directrice détudes 

Source : Kantar Public

Notes de la rédaction

Suivi d’une communauté online d’une soixantaine de personnes, invitées à s’exprimer librement sur ce qu’elles pensent de l’actualité politique jusqu’aux élections de 2017. Cette communauté est réalisée en partenariat avec Krealinks.

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