En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour vous proposer la meilleure expérience possible. En savoir plus

Ne plus voir ce message.
France Insights

Virginie Martin : « Face au Front National, il est temps de mener la bataille culturelle »

Sylvain Lefort

Directeur du contenu, Kantar TNS

Presidentielle 18.04.2017 / 09:00

VirginieMartin

Virginie Martin est une politologue française diplômée de Sciences Po Paris. Docteur en Sciences Politiques, habilitée à diriger des recherches en sciences de gestion, elle est également chercheure et professeure à la KEDGE Business School et Présidente du Think Tank Different.

A l'occasion des élections 2017, Kantar Sofres vous propose une série d'interviews d'experts afin de décrypter les discours des candidats et les enjeux de société de la campagne électorale.

Y a-t-une différence entre le Front National des années 1990 et celui de 2017 ?

Oui, ce n’est pas exactement le même. Dans les années 70-80, avec Jean-Marie Le Pen, le Front National se situe dans un logiciel de droite poussé à son extrême : libéral, anti-gaulliste (pas de Sécurité sociale, pas d’Etat-providence, on y vénère la France des colonies).

Il est important de se replacer dans le contexte. A cette époque, le FN est plutôt européen. Il n’est pas anti-européen comme il l’est aujourd’hui. Car l’ennemi d’alors, c’est l’Union soviétique. Avec la chute du Mur de Berlin et le démantèlement de l’Union soviétique, il a fallu trouver un autre ennemi extérieur : l’Europe. Quand on dit que Marine le Pen et Florian Philippot, c’est juste une continuité du FN des années 70-80 sous d’autres atours, ce n’est pas tout à fait vrai. Aujourd’hui, via Florian Philippot qui vient de chez Chevènement, le FN est tout de même différent.

Le FN s’est peut-être dédiabolisé, mais le logiciel a évolué sur des points importants. Rappelons aussi que le FN des années 80 est très libéral. Sans caricaturer, on n’est pas loin de Sarah Palin : très peu d’impôts, fiscalité zéro. Autre point de différenciation : la chrétienté versus la laïcité. Quand bien même on pourrait penser qu’aujourd’hui, sous couvert de laïcité, Marine Le Pen cache une forme d’islamophobie, c’est quelque chose de nouveau : c’est la tactique du sifflet de chien - ou « dog whistle » en anglais. D’autant qu’on peut lui rapprocher les prises de position d’Elisabeth Badinter, Caroline Fourest. Ces trois glissements – Europe, libéralisme, rapports à la religion – expliquent l’évolution du FN du père vers celui de la fille.

D’ailleurs, cette ligne est reprise par la nièce, Marion Maréchal-Le Pen : elle joue sur les racines chrétiennes, elle n’est pas une étatiste comme Florian Philippot. C’est la même ligne que celle de Gilbert Collard.

Ce n’est donc pas que du maquillage, même si dans le fond, évidemment, l’incarnation du Front National par Marine Le Pen participe d’une dédiabolisation. Mais c’est de l’imagerie, à la limite du cliché : une femme jeune, moderne. Sur le reste, cette évolution a fait grincer beaucoup de dents au FN, notamment l’influence de Florian Philippot. Une scission éventuelle est même pronostiquée après la présidentielle.

Serait-ce un avatar de la scission Mégret-Le Pen de la fin des années 1990 ?

Ca le rappelle, effectivement. La scission avait alors pour principal motif la conquête du pouvoir et la volonté d’accéder au pouvoir, et de s’en donner les moyens. Marine Le Pen et Florian Philippot se situent également dans cette logique. De manière consubstantielle, il y a des alliances potentielles avec certains pans de la droite. Lors des élections régionales de 1998, on avait des alliances entre le FN et Charles Millon, par exemple. Ces rapprochements étaient compatibles avec une certaine droite.

Du point de vue du programme, Mégret restait dans un logiciel libéral. On n’était pas dans la ligne Philippot. Mais en termes de tactique et de stratégie politiques, il s’agit bien de prendre des chemins de traverse pour conquérir le pouvoir. Jean-Marie Le Pen dirait que c’est de l’édulcoration ; pour moi, absolument pas : cette tactique est toujours empreinte de nationalisme, souverainisme, patriotisme, préférence nationale, etc. Ce socle existe toujours. Marine Le Pen n’a pas complètement trahi le père ! Mais au lieu de s’appuyer sur une doctrine libérale ou des éléments chrétiens, la doctrine s’appuie sur l’Etat, la notion d’Etat protecteur, et des mots du registre de la laïcité. Mais ça n’édulcore rien sur le nationalisme ! C’est pour cela que je suis mal à l’aise avec ce terme de dédiabolisation. En quoi le FN s’est-il dédiabolisé ? Parce qu’il voudrait le pouvoir ? Parce qu’il est dirigé par une femme ? Parce qu’il n’est plus dirigé par une figure qui pouvait faire peur à la télévision ? Sur le fond, Marine Le Pen ne sacrifie rien au logiciel de base : le nationalisme, qu’elle appelle souverainisme ou patriotisme.

L’évolution du programme serait-elle donc du pur opportunisme ?

Non. D’abord arrive Florian Philippot. Sans lui, rien n’aurait évolué de cette façon. Il est parvenu à faire bouger les lignes, c’est un vrai étatiste issu des milieux chevènementistes. En même temps, on relève une forme de cohérence. Le repli sur le territoire que propose Marine Le Pen est incompatible avec le libéralisme, les frontières ouvertes ou la mondialisation. Idem avec l’Etat protecteur qu’elle vante dans tous ses meetings. De ce point de vue, c’est la petite mère des peuples ! Or le libéralisme demande des frontières ouvertes, un cosmopolitisme des marchandises – si ce n’est des gens !

Donc, ce n’est pas que de l’opportunisme. Le logiciel est cohérent de bout en bout : on érige des frontières, on se retire de l’Europe, l’Etat vient nous protéger contre l’autre et les altérités, on recrée un artefact d’un peuple fantasmé, qui aurait été uni, etc. Une France d’avant, complètement fantasmée, dont on ne sait jamais de quoi il retourne quand on parle d’avant : d’avant le droit de vote des femmes ? D’avant le droit à l’avortement ? D’avant la reconnaissance de l’homosexualité ? La France de Pétain ?

Cette dédiabolisation est donc superficielle ?

Elle existe clairement en termes de communication politique. Pour un mouvement d’extrême-droite, être porté par une figure moderne, divorcée, dans la fleur de l’âge, dynamique, ça édulcore. Avec la très forte présence des médias, bien passer à la TV, c’est important ! Ça passe mieux que papa...

Le FN a également fait évoluer son logo. Concernant la communication, le FN a enlevé tout ce qui en termes d’imagerie l’ancrait à l’extrême droite : la flamme tricolore, l’image du père, les Gollnisch et cie qui n’apparaissent quasiment plus. Les comités Bleus-Marine, créés lors des dernières élections régionales, sont une très bonne trouvaille d’un point de vue du marketing politique : il y a une très forte personnalisation et le bleu est lourd, quasiment noir.

A quoi s’ajoute la rose bleu marine. Une belle trouvaille qui a été assez peu relevée ! La rose, c’est le symbole du Parti socialiste. En s’appropriant ce symbole, Marine Le Pen prend un marqueur lié à l’Etat-Providence ; et avec la couleur, elle se marque à droite. Elle s’élève au-dessus des clivages traditionnels. La synthèse, c’est elle, en tant que Marine, Bleue-marine et rose bleue-marine. On confond tout ! En termes de communication politique, c’est plutôt bien trouvé. On a trop peu vu la symbolique de ce mouvement. Tous les adhérents et militants portent désormais cette rose comme on porte la rosette de la Légion d’honneur, tout comme on portait la rose du PS. Elle permet de se resituer et de ne plus parler du Front National au sens strict : on parle du mouvement rose bleu-marine.

Dans la stratégie d’édulcoration, on parle moins du FN, il y a une très forte personnalisation de Marine Le Pen, ce qu’on pourrait lui reprocher. De très nombreux politologues ont dit qu’il n’y aura jamais d’après-Jean-Marie Le Pen. C’était bien méconnaître le terrain...

Cette stratégie a donc bien fonctionné...

Oui, la personnalisation a bien fonctionné. Elle a permis d’oublier le père. Pour l’instant, personne ne conteste le leadership de Marine Le Pen. Pour l’instant, elle bénéficie d’une légitimité d’héritage. Du point de vue des militants, elle bénéficie aussi d’une légitimité charismatique. Elle tient bien ses troupes. C’est un vrai tribun. C’est une vraie débatteuse. Même si Gilbert Collard se montre favorable à des primaires au sein du FN, vu ce qui se passe au PS et au sein des Républicains, Marine Le Pen a tous les arguments pour que jamais ne se tiennent des primaires au sein du FN !

Enfin, il faut noter que ses porte-paroles sont choisis avec soin : Florian Philippot évidemment, mais aussi David Rachline, Louis Aliot, Marion Maréchal-Le Pen, Steeve Briois. Il ne faut pas oublier qu’il y a deux façons de vivre le FN, selon qu’on est citoyen ou sympathisant : il y a une façon générationnelle, et une façon jeune et socialisée. Aujourd’hui, les plus jeunes n’ont jamais connu Jean-Marie Le Pen, ils savent à peine qu’il existe. Si les 18-25 ans votent massivement pour le FN - c’est le premier parti chez les jeunes, il ne faut pas l’oublier - ce n’est pas pour rien ! A travers Marine Le Pen, ils voient une jeune femme dynamique, pas si désagréable, une équipe qui parle de laïcité, de chômage et de mondialisation, et qui sont tous éloignés de l’historique Jean-Marie Le Pen. D’ailleurs, le Front National ne parvient pas à pénétrer les plus de 65 ans. Parce qu’ils connaissent Le Pen, le vrai, le dur, celui de Diên Biên Phu ! Imaginons le gap qui existe en termes de représentation dominante selon les générations : les baby-boomers ont encore en mémoire les dérives fascistes des années 40, la génération X a vécu le FN avec ses municipalités frontistes, avec le père ; les dernières générations n’ont pas connu l’historique du FN, avec Le Pen et Tixier-Vignancour !

Le terme d’extrême droite est de moins en moins usité pour qualifier le Front National. Pourquoi ?

C’est un terme complètement récusé. Chez les plus jeunes, il est complètement omis. Chez les politiques et les politologues, il y a une forme de résistance ou de déni face à cela. On continue de lui opposer des discours comme celui de Hollande actuellement, qui se relève drapé dans sa posture morale pour dire « Je ne serai pas le Président aura fait le lit du FN ». C’est de la politique a minima. La politique, ce n’est pas se battre juste contre le FN, à la manière d’un Malek Boutih et dire « Le FN, ce n’est pas bien. » Allez raconter à des 20-25 ans que le FN, ce n’est pas bien ! La seule posture morale ne suffit pas chez les très jeunes générations. Et ça peut se comprendre, dès lors certain des cadres dirigeants sont connus pour être homosexuels, qu’ils ont résisté  à Sens commun, que Marine Le Pen est plusieurs fois divorcée, que Louis Aliot est juste son compagnon ! Difficile de raconter la famille traditionnelle à la Le Pen dans ce contexte ! De ce point de vue, François Fillon est plus proche d’une famille traditionnelle à la manière de Sens commun.

Quel aurait dû être le travail des partis politiques pendant ces dernières années pour lutter contre le FN ?

La posture morale est totalement insuffisante. Elle peut peut-être fonctionner sur des générations qui ont connu Jean-Marie Le Pen borgne, son discours sur le pétainisme, les colonies ou sur la guerre d’Algérie. Les autres partis politiques - surtout la gauche - n’ont pas mené la bataille culturelle à la Gramsci contre le FN. Au lieu de proposer un modèle alternatif au FN, ils n’ont rien proposé. Ils sont même allés jusqu’à proposer la déchéance de nationalité ! Petit à petit, ils ont donc donné raison au FN en cédant du terrain. Je parle de troubles civilisationnels.

Ma réponse, c’est qu’il faut travailler les altérités, comprendre les différences, admettre qu’on est assez fort au niveau individuel et collectif pour accepter les autres, quels qu’ils soient. On n’a pas entendu cette rhétorique, mis à part chez Christiane Taubira - et un peu Najat Vallaud-Belkacem. Elle s’est retrouvée très isolée. En plus, on a assisté à une réification du discours de Christiane Taubira. Il aurait fallu que François Hollande et Jean-Marc Ayrault s’emparent de ce logiciel. Ils se sont battus sur le seul logiciel économique, et de façon relativement libérale. On le voit aujourd’hui avec les divers soutiens hollandais qui partent chez Macron. Or, tous les électeurs du FN évoquent à un moment la figure de l’immigré. Cela reste le plus petit dénominateur commun des électeurs FN. La gauche Montebourg-Hamon et Mélenchon ont mis la priorité sur la question économique et ont voulu récupérer les classes populaires - peut-être trop tardivement. La question de la diversité culturelle est très sensible en France. D’ailleurs, les autres - Valls, Ayrault - ont fait leur la question de l’insécurité culturelle en répondant par de l’ultra-laïcité, l’interdiction du voile, la déchéance de nationalité. Ils ont finalement crédité les thèses du FN en se montrant d’accord sur le diagnostic : la laïcité est bafouée, il faut interdire le voile, etc. Ils ont quelque part crédité les thèses du FN.

On a assisté à une droitisation du débat sur les altérités. Pareil sur la question des migrants : le logiciel FN-light a fonctionné jusque dans les rangs de la gauche. J’avais parlé d’identité heureuse avant même Alain Juppé. Quand il évoque cette notion, il se fait massacrer dans ses propres rangs ! On en parle sur le mode de la caricature, on ne parle pas de son travail à Bordeaux sur les altérités et les diversités. Très peu de politiques ont porté ce logiciel. Il n’a pas pris. Pareil pour le revenu universel : ça a pris dans les médias, mais c’est tout. C’est une bonne idée, qui a certes permis à Benoît Hamon de gagner lors des primaires, mais qui va lui faire perdre la présidentielle. Nous avons publié via notre Think Tank Différent un ouvrage « Le coût économique des discriminations » (10 milliards d’euros, soit 0,3% du PIB) : il s’est fait dézinguer en deux phrases par Malek Boutih sur BFM TV. C’était extrêmement violent. Le logiciel du cosmopolitisme ne passe plus. En revanche, avec Macron, on a le cosmopolitisme des affaires. Mais toujours rien sur les altérités.

Une étude récente de Kantar Public montre que pour 58% des Français interrogés, le FN représente un danger pour la démocratie. Compte tenu de la situation actuelle, est-il vraiment impossible pour le Front National d’arriver au pouvoir ?

Pour les électeurs, faire ce pari est une rupture importante. Même si le FN gère quelques municipalités, cela reste un saut dans l’inconnu. Il y a aussi une grande pression de la part des investisseurs, par exemple. Ils posent la question : si le FN est là, est-ce qu’on ne précipite pas la France vers une catastrophe économique, diplomatique et démocratique ? Le saut vers l’inconnu est très important.

Une fois au pouvoir, au-delà du choc et du séisme, quelles mesures va mettre en place le Front National ? Et même avant de parler des mesures, j’ai envie de demander : avec quelle majorité va-t-il gouverner ?

Parce qu’il est là le paradoxe aussi : on oublie souvent que la présidentielle est une élection à quatre tours. Il y a les deux tours des législatives après l’élection présidentielle. Si demain, Marine Le Pen est élue, que se passera-t-il aux législatives ? Evidemment, elle n’aura pas la majorité, ou du moins on peut le supposer, même s’il y a une inversion du calendrier. Il est donc fort à parier qu’elle ne dépassera pas les 289 députés nécessaires pour disposer de la majorité absolue. Allons-nous donc connaître une situation de cohabitation ? Ou réussira-t-elle à conduire une majorité avec un Premier ministre de droite, une droite compatible avec le FN ?

C’est un sujet dont on ne parle pas assez : mais après, que se passera-t-il ? Voici le premier problème. Et si elle se retrouvait en cohabitation forte, elle serait isolée dans le Palais de l’Elysée et le Premier ministre, avec ses équipes, dirigerait le pays. C’est donc une situation compliquée à prévoir, puisque tout dépend des législatives.

Et quid du plafond de verre électoral qu’on évoque souvent à son propos ?

Plafond de verre, oui, qui, malgré tout, monte petit à petit. Rappelons-nous, certains disaient : jamais au-delà de 10%, puis jamais au-delà de 15%, puis jamais au-delà de 20% jusqu’à des scores qu’on lui connait aujourd’hui dans les sondages. Bon, à ce stade-là, cela ne s’appelle plus un plafond verre. Si le « glass ceiling » tel qu’on le connaît en sociologie était le même lorsqu’il s’agit des femmes ou des personnes immigrées, ça irait, on ne serait pas trop mécontent. Un plafond de verre comme ça est plutôt en cristal qu’en verre trempé.

A force de connaître des crises successives, les électeurs se tournent de plus en plus vers le Front National. Il y a eu la crise géopolitique des années 80/90, avec la chute du mur de Berlin, mais aussi la crise financière de 2008 avec les subprimes, et enfin la crise des migrants depuis 2015. A chaque fois, les crises viennent rehausser ce plafond de verre. Il ne faut pas oublier que le contexte international favorise aussi la faiblesse de ce plafond de verre : l’élection de Trump aux Etats-Unis ou le Brexit au Royaume-Uni. Il existe cette tentation de l’inconnu : « Tiens, d’autres ont essayé avant nous. »

Marine Le Pen a aussi la chance que nous ne puissions pas encore voir les désastres de la politique de Trump ou ceux du Brexit. C’est encore trop récent, on ne peut pas tirer de conclusion comme : « Regardez, le Royaume-Uni est dans un échec absolu à cause du Brexit. » Le plafond de verre est donc fragile. Il peut être rehaussé progressivement, et il l’a déjà été.

Il y a également le tabou du Front National, qui fonctionne toujours. Mais on ne devrait pas avoir peur du FN. On devrait avoir envie d’une France ouverte, qui accepte un certain cosmopolitisme culturel. Mais notre République une et indivisible, un peu surplombante, n’aime pas trop cela. Nous n’avons pas un beau logiciel à opposer à celui du Front National. Il y a un manque de storytelling, mais aussi une bataille culturelle à mener.

Sur le deuxième tour, il est possible que les sondages sous-estiment le vote FN au 2nd tour. En effet, les gens n’osent peut-être pas encore prendre le risque de dire : « Je vais voter pour Le Pen au 2nd tour de la présidentielle. »

Et que pensez-vous des différentes hypothèses de second tour ?

Les scénarios de second tour sont très troublants.

Premier scénario : Mélenchon-Le Pen. On peut imaginer la victoire de l’un comme de l’autre, avec des réserves de voix très compliquées et surtout une abstention massive. La présence de Macron dans cette offre politique aura de toute façon favorisé la radicalisation des électorats, surtout à gauche.

Deuxièmement, l’hypothèse Fillon-Le Pen. On peut penser qu’il puisse réunir autour de lui une sorte de front républicain. En effet, les macronistes, très anti-FN, voteront en masse pour Fillon, ne serait-ce que pour contrer le FN. Cela risque d’être assez serré, mais le front républicain peut fonctionner.

Dans le cas de Hamon, le front républicain peut fonctionner aussi, et il serait sans doute plus naturel. C’est une simple addition des électorats de gauche. L’électorat de Macron irait en masse vers Hamon, de même pour celui de Mélenchon. Malheureusement, ce cas semble peu probable au vu des sondages actuels.

En revanche, l’hypothèse Macron est assez bizarre, il se passe un phénomène étrange. A force de dire qu’il y a un vote utile sur Macron, on a l’impression qu’il va disposer de toutes les voix potentielles au premier tour. Les électorats fidèles à Fillon, Hamon et Mélenchon ne soutiendront sans doute pas volontiers Macron au 2nd tour. L’hypothèse Macron est assez fragile. Il y a les dynamiques système vs antisystème ; nationalisme, souverainisme vs international et mondialisation, sirènes qui parlent à beaucoup de gens. Que fera par exemple l’électorat de Mélenchon face à Macron ? Il ne votera quasiment pas pour Emmanuel Macron. Cela ne veut pas dire qu’il votera en masse pour Le Pen, mais il n’apportera pas son soutien à Macron. Concernant l’électorat de Hamon, le report ne sera pas massif, comme pour celui de Fillon. C’est beaucoup plus compliqué en définitive : il risque de se retrouver avec une faible réserve de voix au 2nd tour.

Interview réalisée par Thomas Japiot

Source : Kantar Public

Derniers articles

Alors que les critiques des Français sur leur classe politique n’ont jamais été aussi sévères, la victoire d’Emmanuel Macron « contre le populisme » est-elle en trompe l’œil ?

Le rapport des Français à la connexion pendant leurs vacances reste paradoxal, entre l’envie de se déconnecter et des bénéfices à en tirer dont ils ne peuvent pas et ne veulent pas se passer.

La vague de juillet 2017 de notre baromètre politique Kantar Sofres-onepoint pour le Figaro Magazine a été réalisée fin juin 2017.

Découvrez dans cette vidéo les principaux résultats du Référenseigne Scoop 2017 et la tendance des enseignes sur ce début d’année.

Retrouvez nos estimations de l'abstention et son évolution depuis 1967, puis l'estimation de la projection en sièges.

Contenus liés