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France Insights

Les 10 tendances des politiques publiques pour 2022

Édouard Lecerf

Directeur Politique et Opinion

Kantar Vision 13.01.2017 / 09:00

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A l’occasion du KantarVision, Edouard Lecerf (Kantar Public) et Laura Citron (WWP), sont revenus sur 10 grandes tendances des politiques publiques à l’horizon 2022.

A l'occasion du petit-déjeuner débat Kantar Vision qui s'est déroulé le 7 décembre 2016, Edouard Lecerf, Directeur Politique & Opinion de Kantar Public et Laura Citron, Senior Director Government Practice de WWP, sont revenus sur 10 grandes tendances qu’ils observent pour les politiques publiques à l’horizon 2022.

Entre incertitude, émotionalité exacerbée et remise en cause de l’autorité des acteurs publics, les politiques publiques vont connaître leur lot de bouleversements.

Côté citoyens : un monde gouverné par l'incertitude et l'émotion

1. Evitez le biais rétrospectif

La surprise du Brexit, l'élection de Donald Trump et la primaire de la droite et du centre en France, si bouleversantes soient-elles, ne sont que des prémices : « Le monde est entré dans une ère d'instabilité durable », estime Edouard Lecerf. « Les électeurs se décident à la dernière minute - et après avoir changé d'avis à plusieurs reprises. L'opinion est devenue aussi incertaine que la météo. Bien entendu, ce qui vaut pour un électeur vaut pour un consommateur. » Pour faire face à cette situation, l'expert a livré un conseil inspiré par Daniel Kahnemann, prix Nobel d'Economie : « Evitez le biais rétrospectif, ne dites pas "Oui, on l'avait vu venir", ni même "Oui, on aurait pu le prévoir"... Car ce n'est plus vrai. Il faut vous placer vous-même en situation d'instabilité, sous peine de reproduire sans cesse les mêmes erreurs. »

2. Écoutez le silence

La « spirale du silence » définie en 1974 par Elisabeth Noelle-Neumann, selon laquelle certains citoyens s'empêchent de prendre la parole pour des motifs d'ordre sociologique (souvent la crainte de n'être pas légitime) a désormais des petites sœurs : une spirale du silence technologique est venue s'y greffer, ainsi qu'un silence plus volontaire lorsque les citoyens ne veulent pas répondre à celui qui les interroge (défiance). Pour autant, ces populations votent et s'expriment : il faut aller les écouter là où elles se trouvent, sur le canal digital notamment. « Faites-vous pousser de nouvelles oreilles, a résumé Edouard Lecerf. Changez d'approche, intégrez la voix numérique pour ne pas vous couper d'une partie de plus en plus large de l'opinion. »

3. L'émotion pèse plus lourd que la vérité

Distingué par l'Oxford Dictionnary comme le mot de l'année 2016, « post-truth » vient nous enseigner que la troisième tendance est celle du... mensonge. L'opinion publique s'en réfère moins aux faits objectifs, qu'aux appels à l'émotion. « A force de ne plus croire en rien, on est prêt à croire n'importe quoi. Nos études doivent intégrer cette dimension, prendre en compte le critère de l'émotion et le pondérer avec l'approche rationnelle, puisqu'il joue désormais un rôle majeur lors de la décision. »

4. L'économie pour clef d'entrée

L'économie reste le socle du vote. La perception du fonctionnement de la démocratie en Europe est avant tout liée à la perception de la situation économique du foyer. D'où la nécessite de « gratter » à la surface des choses : « Nous avons désormais une multitude de points de vue et de données à disposition; il faut tirer parti de cette complexité. »

5. Préparez-vous à être impopulaire

Edouard Lecerf l'a dit tout net : « Vous serez tous impopulaires ». Le seul choix qui reste est celui du « Comment » : pour quelle raison serez-vous impopulaire ? Le dernier baromètre des valeurs des Français, produit par Kantar TNS, montre deux voies possibles : d'un côté, celle de la morale, de l'ordre et de la rigueur. C'est le chemin le plus simple. Mais le second, quoique difficile, semble plus intéressant et plus durable : il s'agit de définir un sens, une direction à long terme. « Certains politiques utilisent l'ordre pour expliquer le sens, a conclu Edouard Lecerf. Mais c'est bien à nous qu'il incombe, dès 2017, de faire un choix et de ne pas confondre les deux. »

Les gouvernements ont perdu leur monopole : le digital rebat les cartes

Le secteur public travaille dans un environnement de plus en plus compétitif. « Il doit faire face à quatre grands types de concurrence », a résumé Laura Citron.

6. Concurrence des canaux : comment favoriser l'adoption numérique ?

« Même si l'on entend moins parler d'austérité, les gouvernements occidentaux auront toujours à charge, en 2022, de baisser les dépenses de l'Etat, a-t-elle souligné. Or pour réaliser des économies, il faut encourager les citoyens à migrer vers les services numériques. Le digital doit les séduire davantage que le téléphone, le papier ou une visite au guichet. » L'adoption numérique demande de la pédagogie, de la communication et bien sûr des services en ligne de qualité. « La France est l'un des leaders mondiaux sur le sujet », a rappelé Laura Citron.

7. Concurrence des sources d'information et d'influence : le gouvernement n'est plus l'autorité de référence

La fragmentation des médias, la multiplication des sources d'information non professionnelles et l'émergence du « post-truth » ont une conséquence immédiate : la vérité perd de la valeur. « Les gouvernements ont perdu leur rôle traditionnel de source incontournable et fiable d'information. En parallèle, ils voient circuler plus vite et plus loin les idées radicales et anti-démocratiques. Tout cela les met en danger. » Comment gérer cette situation nouvelle ? Ce n'est pas facile, mais les ingrédients peuvent être listés : « Il faudra de la créativité, de la cohérence et de la coordination dans les messages du gouvernement ainsi qu'un choix des médias sophistiqué et dynamique. Le tout, en prenant en charge l'émotion, qui supplante la vérité. »

8. Concurrence des envies : aller contre les inclinations de la population

Comment inciter une population à conduire moins vite, manger sainement, ou encore trier ses déchets, quand elle songe surtout à dormir, boire une bière ou aller à la plage ? L'exemple est volontairement caricatural : il n'en reste pas moins que les gouvernements doivent avancer à l'encontre de certaines envies des citoyens. « Je pense qu'ils vont utiliser les approches du Behaviour Change et communiquer de façon très personnalisée pour nous inciter à faire le bon choix au bon moment », a indiqué Laura Citron.

9. Concurrence dans la distribution des rôles : l'éducation, les transports et la banque sont pris en charge par des acteurs alternatifs

Le secteur privé et le crowdsourcing viennent défier les gouvernements sur certaines de leurs attributions historiques. « On a déjà vu apparaître les MOOCs pour l'éducation, Uber pour les transports en commun et la Blockchain du côté des banques, a relevé Laura Citron. Les citoyens pourraient imaginer toutes sortes de services innovants, comme un gendarme qui arrive dès que l'on appuie sur un bouton ! Le rôle même des gouvernements est remis en question ; s'ils n'innovent pas, d'autres empiéteront rapidement sur leur territoire. »

10. le salut des gouvernements viendra du numérique 

En conclusion, il leur faut réussir cette transition. « On sait qu'aujourd'hui le lien entre le citoyen et l'Etat se construit dans le numérique, exactement comme pour l'expérience de marque. »

Source : Kantar

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