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France Insights

Ce que Macron a compris des crispations françaises

Guillaume Caline

Directeur de clientèle, Kantar Public

Politique 18.07.2017 / 09:00

Macron

Alors que les critiques des Français sur leur classe politique n’ont jamais été aussi sévères, la victoire d’Emmanuel Macron « contre le populisme » est-elle en trompe l’œil ?

« Depuis plus de 20 ans, les élites dans notre pays ont complètement échoué » : ce constat sévère et implacable est partagé par 81% des Français, une proportion bien plus importante qu’en Allemagne (26%), aux Pays-Bas (43%) et même au Royaume-Uni (57%). Au-delà du seul personnel politique c’est l’ensemble des élites – médiatiques, économiques ou administratives – qui sont accusées par les Français d’avoir fait perdre au pays de précieuses décennies.

Mais dans ce paysage, les hommes politiques ont aux yeux Français une responsabilité particulière. A l’exception de quelques domaines, une large majorité d’entre eux estime que l’action des hommes politiques est inefficace. Et c’est particulièrement le cas pour les sujets jugés les plus importants : lutte contre la corruption, réduction des inégalités et de la pauvreté et surtout lutte contre le chômage, principale attente des Français.

Les résultats de la dernière élection présidentielle ont parfaitement illustré ce constat partagé d’un échec des élites françaises. Pendant la campagne, la critique des élites et de leur « système » a été une constante des discours des différents candidats, y compris de ceux au pouvoir depuis plusieurs décennies. Chacun à leur manière, Emmanuel Macron, Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon mais aussi François Fillon ont repris et décliné cette rhétorique du peuple contre les élites.

  • Emmanuel Macron en s’inscrivant hors du système des partis a entendu incarner un renouvellement dans la manière de dire et de faire de la politique : un pari gagnant dans un pays où les partis politiques évoquent quelque chose de négatif pour 77% des Français (seulement 34% en Allemagne).
  • Marine Le Pen en renvoyant l’ensemble des dirigeants – de gauche comme de droite – à des promoteurs de la mondialisation et en se présentant comme la seule défenseure de la France et des Français. Ce discours a pu trouver un écho auprès des 60% de la population qui pensent qu’aujourd’hui en France plus de choses sont faites pour les étrangers que pour les Français.
  • En réclamant la révocation des élus et le recours direct au peuple contre la classe politique nationale ou européenne, Jean-Luc Mélenchon a su catalyser l’attente de démocratie directe qui s’incarne plus encore en France qu’ailleurs. Pour 89% des Français les hommes politiques doivent suivre la volonté du peuple et pour 73% c’est le peuple et non les hommes politiques qui devraient prendre les décisions politiques les plus importantes.

Les promesses de changement radical portées par les différents candidats ont pu expliquer – malgré l’insatisfaction à l’égard du système démocratique et politique actuel – la participation somme toute forte de l’élection présidentielle. Celle-ci reste l’élection-phare du système politique et en faisant leur cette critique de l’élite, les candidats ont aussi su porter les attentes des Français. Une situation qui explique que même si les Français sont bien plus critiques que leurs voisins à l’égard des politiques ils sont toutefois 55% à déclarer avoir voté pour leur candidat avant tout par adhésion à ses idées (et non par déception des autres).

Si la victoire d’Emmanuel Macron face à Marine Le Pen a pu apparaître comme un coup d’arrêt à la vague populiste européenne, il n’en reste pas moins que tous les éléments du mécontentement sont encore présents et prêts à resurgir. Et le nouveau Président aura fort à faire pour ne pas décevoir les quelques espoirs que son élection a suscités. D’autant que les Français paraissent avoir plus de mal que leurs voisins à s’accommoder de la confrontation avec la réalité politique : 57% des Français (contre 45% ou moins des Britanniques, des Néerlandais ou des Allemands) estiment que quand des hommes politiques acceptent un compromis, ils renoncent à leurs principes. Face au réel, la voie est donc plus qu’étroite pour que les Français retrouvent confiance dans leurs élites.

Voir l'ensemble des résultats de l'étude :

Source : Kantar Public


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