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France Insights

Et si la livraison par drone n’était qu’une utopie ?

Romain Brami

Éditeur et directeur du contenu

Grande distribution 04.01.2016 / 10:54

Drone

La livraison de colis par des drones est un rêve, aussi bien pour les géants de la VPC que pour les consommateurs pressés. David Marcotte, Vice-Président des Insights chez Kantar Retail ne cache pas son scepticisme. Les drones commerciaux sont pour lui une utopie à court termes.

Vous avez probablement vu au moins une vidéo de démonstration d'une livraison de colis par drone. Les vidéos d'Amazon sont particulièrement bluffantes et laissent penser que cette petite révolution est quasiment à portée de main. Pourtant il faut se rendre à l'évidence, vous ne verrez rien de concret avant au moins 5 ans et probablement plus. Car même s'il est bien excitant d'imaginer ses produits alimentaires ou ses cadeaux de dernière minute livrés devant sa porte quelques heures après avoir passé commande, tout ceci relève encore largement de l'utopie. Pourquoi ? Voici quelques raisons.

La première raison, en tout cas aux États-Unis et dans la plupart des pays européens, c'est que les gouvernements n'en veulent pas. L'Agence fédérale de l'aviation américaine (FAA) est plus que perplexe quant à l'utilisation de drones pour la livraison de colis et préférerait même les interdire définitivement. Ce n'est pas un caprice, mais un constat sans appel. Leur mission de protection du public contre les objets volants est rendue infiniment plus difficile face à la prolifération de ces petits objets non réglementés. La FAA vient de recommander que le pilotage de tout objet volant au-dessus de 100 mètres et au-delà du champ de vision imposent une licence de pilotage. Cette recommandation devient urgente quand on sait que 500 000 drones ont été vendus à Noël et que leurs capacités ne cessent de grandir.

Ces temps-ci, les faits-divers se sont multipliés. Des histoires de drones frôlant des avions commerciaux à l'atterrissage, ou de leur utilisation pour du trafic de drogue. La plupart de ces récits sont d'ailleurs difficiles à vérifier. Il semble que l'on soit entré dans une guerre de communication entre pro et anti-drone.

Il n'existe aucune étude sérieuse sur le nombre d'accidents concernant des drones. Mais une hypothèse veut que chaque drone se soit crashé au moins une fois au sol. Ça n'a guère d'importance quand il s'agit d'une machine de moins de 10 kg, utilisée à des fins récréatives, qui s'écrase sur un terrain vague. Mais qu'en serait-il d'une machine plus lourde transportant un colis dans une zone densément peuplée ? Imaginez une livraison de produits chimiques à un laboratoire qui finirait sa course dans une zone résidentielle.  Qui contacter quand l'accident a lieu et quelles conséquences prévoir ?

Tous les drones en cours de construction sont conçus pour survivre à un crash et être réparés rapidement.  Mais les drones ne pourront jamais être utilisés commercialement s'ils n'atteignent pas un taux de fiabilité proche des 100%. On en est très loin pour le moment.

L'hypothèse selon laquelle les drones sont idéaux dans les zones densément peuplées et soufrant de congestion de trafic est encore plus farfelue. Ces environnements sont justement les plus imprévisibles du fait des changements de vent et des variations de la pression de l'air due à la densité des bâtiments. La prochaine fois que vous vous baladerez à Paris ou à New York, imaginez ce que la force et l'irrégularité du vent pourraient faire à un petit appareil volant.

Ne parlons même pas des questions d'assurances, de litiges, et de toutes ces contraintes que les grandes sociétés haïssent.

La livraison par drone en milieu rural semble, pour le coup, bien plus efficace. Mais le problème qui se pose alors est tout autre. Il faudra dépasser la barrière des 10 kilomètres pour 10 kg. Autrement dit, un véhicule devra transporter son propre poids et celui d'un colis, le livrer en toute sécurité, puis revenir à son point de départ et tout ça avec une  seule charge ou un seul plein. C'est impossible pour le moment et nous ne verrons probablement pas arriver ce type de batteries avant au moins 2020.

Et la question de vol au-delà du champ de vision se reposera alors. Il a impensable que les agences gouvernementales de sécurité aérienne bougent sur la question du pilotage par des pilotes professionnels (la FAA n'a même pas besoin d'une nouvelle loi, leur mandat leur permet d'imposer ces limitations).  Les plus grandes sociétés de distribution pourraient accepter cette contrainte, mais qu'en sera-t-il des coûts supplémentaires de main-d'œuvre ? Un pilote est généralement mieux rémunéré qu'un chauffeur-livreur et ses conditions de travail et les cadences ne sont pas du tout les mêmes.

Les drones vont continuer d'inspirer les communiqués de presse et les belles vidéos des géants du commerce mais n'en doutez pas, il faudra de nombreuses évolutions avant d'en voir un se poser devant votre porte avec un colis.

Source : Kantar Retail

Notes de la rédaction

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