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France Insights

Le deuxième débat : la découverte des « petits » candidats

Cécile Lacroix-Lanoë

Directrice d'études, Kantar Public

Presidentielle 07.04.2017 / 08:00

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Le premier débat réunissant la totalité des 11 candidats diffusé mardi soir sur BFMTV et CNews représentait l’occasion d’entendre les six « petits » candidats, pour l’instant peu connus.

Les réactions recueillies dans le cadre de la communauté présidentielle 2017, suivi qualitatif de l’opinion réalisé par Kantar Public en partenariat avec Krealinks, démontrent que les citoyens attendaient cette rencontre entre l’ensemble des prétendants à l’Elysée et leur traitement sur un pied d’égalité.

L’acquisition d’une visibilité par les petits candidats

Les grands gagnants de ce débat sont principalement les six petits candidats, dont la prestation a été saluée. Leur présence a permis de les « mettre en lumière » et une majorité des membres de la communauté s’est réjouie de pouvoir « mieux connaître les "petits" candidats », jugés pour l’instant globalement exclus du débat électoral. Les téléspectateurs ont ainsi pu se concentrer sur des programmes méconnus et ont estimé que « certains points de vue étaient très intéressants ».Ainsi, les membres de la communauté jugent que ce débat a été l’occasion pour ces candidats de « pouvoir s'exprimer et surtout de dénoncer avec des mots simples les inégalités, les détresses de ceux qu'ils veulent représenter ». Car ce sont principalement les interventions de Philippe Poutou et de Nathalie Artaud qui ont été retenues. Mais également la prestation de Nicolas Dupont-Aignan, le candidat de Debout la France ayant été le seul, parmi ces six candidats, à avoir vraiment été jugé suffisamment crédible pour exercer de hautes fonctions.

Le moment du débat qui a le plus marqué les membres de la communauté et qui les a le plus fait réagir est l’intervention Philippe Poutou, dénonçant les affaires concernant François Fillon et Marine Le Pen, qui est perçue comme « une scène d'anthologie avec franc-parler ». Et ce, même auprès de ceux qui n’ont pas vu le débat en direct, car ils ont entendu parler de cette séquence notamment par sa viralisation sur les réseaux sociaux. Cependant, cette séquence a largement divisé. La plupart des sympathisants de droite ont critiqué cette intervention en la jugeant « excessive », « mauvaise » et « irrespectueuse ». Ses propos à l’encontre des deux candidats ont été perçus comme « des agressions personnelles qui n’apportent rien ». Pour ces détracteurs, Philippe Poutou était uniquement dans la posture, celle d’ « un syndicaliste de haut vol », avec le « timbre d'un syndicaliste haranguant les foules » et ayant pour unique but de « cracher sur le patronat ou les riches ».

A l’opposé, les sympathisants de gauche et les ouvriers – notamment ceux votant FN – ont jugé positivement l’intervention du candidat du NPA, la trouvant « admirable de clarté et de franchise » et représentative de « l'avis général du peuple ». Selon eux, il « n’a pas mâché ses mots » et « dit tout haut, tout ce que ce que les autres n'ont pas osé dire » ce qui leur a « réellement fait plaisir ». Certains ont même commenté le débat uniquement en deux mots : « Poutou, excellent ! ».

Malgré ces réactions positives de la part d’un bon nombre de participants, il demeure que le candidat du NPA n’apparaît, à leur yeux, « pas crédible comme président » et ils s’accordent sur le sentiment que sa présence vise seulement à donner plus de visibilité à sa lutte, et pas à accéder réellement au pouvoir. De fait, même si ces propos ont généré un certain enthousiasme, les participants n’envisagent pas de voter pour le candidat ouvrier.

Des grands candidats bousculés à l’exception de Jean-Luc Mélenchon

Le candidat de « La France Insoumise » a confirmé sa singularité lors de ce débat. Les qualités de tribun de Jean-Luc Mélenchon ont été une fois de plus remarquées par les téléspectateurs qui le voient comme un « pédagogue », « sobre » et « bon orateur ». Par conséquent, c’est lui qui est le plus souvent désigné comme le gagnant du débat dans notre communauté.

Les autres « grands candidats » ont beaucoup moins marqué les téléspectateurs qui affirment « connaitre déjà leur programme ». Certains déplorent même le manque de nouveauté chez ces candidats qui n’ont « fait que se répéter, ça en devient même lassant, les exemples qu'ils prennent sont toujours les mêmes, les phrases qu'ils prononcent sensiblement pareilles ». Selon eux, ce débat n’a pas permis à ces candidats d’aborder de nouveaux thèmes, bien qu’il ait pu être l’occasion d’ « apporter des précisions » sur leurs programmes. Leur prestation sont au final peu commentées, les deux seules séquences qui ont vraiment été retenues les concernant sont la remarque sur l’attitude d’Emmanuel Macron « toujours d’accord avec tout le monde » formulée par François Asselineau et la conclusion de Benoît Hamon sur les origines diverses des Français, qui a touché certains téléspectateurs – même au-delà des sympathisants PS – qui l’ont ainsi trouvée « très émouvante ». Au final, les prestations de ces quatre candidats ont été jugées en retrait, mais sans décevoir pour autant leurs partisans. A ce titre, François Fillon a été jugé convaincant par son électorat, bien qu’il ait pu paraître « hautain » aux sympathisants de gauche.

Pour les journalistes, un exercice plutôt réussi malgré la difficulté de la tâche

Globalement, les participants ont apprécié un débat « animé », avec « de véritables échanges entre candidats ». Malgré la longueur de l’émission qui était d’ailleurs redoutée avant sa diffusion, les participants de la communauté ont salué la façon dont le débat a été mené par les deux journalistes Ruth Elkrief et Laurence Ferrari. Ils ont, de manière générale, jugé le débat bien organisé et salué le fait que « chacun ait pu s'exprimer ». Pour autant, la limitation du temps des prises de parole à une minute et trente secondes a été déplorée par les téléspectateurs qui considèrent que ce n’était pas propice à la profondeur des explications. Comme l’explique un participant :« Il n'est pas possible de débattre en regardant sa montre ou en étant coupé régulièrement. […] nous n'avons pas eu de développement des projets les plus ambitieux. On reste donc un peu sur sa faim. »

Au final, les téléspectateurs « doutent » que ce débat « ait permis aux Français d'y voir plus clair dans leur choix ». Ils supposent ainsi que « les indécis resteront dans leur indécision pour l'instant » et ne pourront malheureusement pas se fonder sur le débat pour prendre leur décision.

Ainsi, même si ce sont les petits candidats qui ont marqué les esprits lors de ce débat, rien n’indique à ce stade qu’ils ont convaincu des électeurs de voter pour eux. Le débat semble plutôt avoir figé les positions des grands candidats qui n’ont pas déçu leurs électeurs acquis.

Françoise Lebas, chargée d’études
Cécile Lacroix-Lanoë, directrice d’études

Source : Kantar Public

Notes de la rédaction

Cet article s'appuie sur les réactions de la « communauté présidentielle 2017 » Kantar Public - Krealinks. Cette communauté compte environ 100 participants, avec des profils diversifiés en termes de sexe, âge, catégorie socioprofessionnelle, lieu d'habitation, sympathie partisane. L'animation de la communauté, hébergée sur une plateforme Krealinks, est assurée par Kantar Public. Les participants réagissent aux sujets postés par Kantar Public et peuvent également poster leurs propres sujets sur la plateforme.

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