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France Insights

Les Français attendent-ils encore quelque chose du deuxième débat de l'élection présidentielle ?

Cécile Lacroix-Lanoë

Directrice d'études, Kantar Public

Presidentielle 03.04.2017 / 16:00

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Mardi soir sera organisé le premier débat réunissant les onze candidats à l’élection présidentielle. Après celui de TF1, qui n’avait réuni que les cinq « grands » candidats.

Celui-ci avait, sur certains aspects, laissé les télespectateurs sur leur faim. Il n’avait pas apporté d’informations nouvelles sur les programmes des candidats, alors que les attentes étaient fortes dans une campagne qui jusqu’alors, parce que dominée par les affaires, donnait le sentiment de ne pas parler du fond. Et le casting restreint, critiqué par les candidats (petits et grands) avait également été déploré par les citoyens, comme le montrent les réactions recueillies dans le cadre de la communauté présidentielle 2017, suivi qualitatif de l’opinion réalisé par Kantar Public en partenariat avec Krealinks, auprès d’une centaine de personnes.

Les participants à cette communauté estiment très largement qu’« on devrait traiter tous les candidats de la même façon », et que l’obtention des 500 signatures aurait dû constituer le seul critère déterminant la participation à cette émission. L’exclusion de six candidats a été reçue comme une véritable remise en cause du principe démocratique. Certes, pour ces citoyens, cette focalisation sur les cinq principaux candidats ne se réduit pas à ce débat. Ils pensent plus largement que les « petits » candidats ne disposent pas d’assez de place dans la campagne électorale et que le système médiatique ne parle pratiquement que des cinq « grands » candidats. Ils réclament donc « qu’on laisse un peu la place aux autres afin que les petits candidats puissent eux aussi se faire connaître et parler de leur programme afin que chacun puisse se faire une opinion en toute conscience ».

Un exercice impossible ?

La prise de parole des onze candidats avec un temps égalitaire leur semble donc une nécessité. Mais l’idée d’un débat entre tous les candidats nourrit de nombreuses questions et inquiétudes, notamment au regard du débat précédent. Selon eux, le débat à cinq n’avait pas suffisamment permis aux candidats d’exprimer le détail de leurs propositions. Par conséquent, une formule à onze participants leur semble sans intérêt voire insensée. Ils considèrent qu’« à onze, cela risque d’être une belle cacophonie », que « ça n’a pas de sens » car « on va survoler une fois de plus les sujets ». Le point central des critiques posé – le peu de temps qui sera accordé à chacun des candidats pour développer sa pensée et son programme –, ils craignent que, par voie de conséquence, le débat se résume soit à une succession de courtes prises de parole sans véritable échange entre les candidats – ce qui avait été reproché à la première partie du débat sur TF1 –, soit à combat de petites phrases, soit à un « chaos » du fait des opinions des différents candidats trop éloignées les unes des autres, ou à un subtil mélange de ces trois écueils. Ils estiment que « ce ne sera pas possible de mener un vrai débat à onze, cela ne laisserait que trop peu de temps à chacun et comme c’est déjà difficile de driver cinq candidats, on imagine le résultat à onze ». L’inquiétude centrale est claire : qu’il n’y ait pas de réel débat d’idées entre les candidats, comme l’exprime un participant à la communauté : « on ne peut qualifier de débats ce qui s’apparentera sans doute plus à des séances de casting pour certains (surtout les favoris) et une opportunité de développer un monologue pour les autres (surtout les « petits ») ».

En outre, la durée prévue pour ce débat décourage par avance et explique largement le peu d’enthousiasme pour l’émission observé dans les réactions. Quand il ne s’agit pas d’un refus pur et simple de passer tant de temps devant un débat (« 3h30 de débat, très peu pour moi »), la crainte de ne pas pouvoir maintenir son attention durant une durée aussi longue (« trois heures et demie, c’est beaucoup trop long,on va décrocher !! ») et de passer un mauvais moment domine (« 3 heures en plus ??? Cela va être l’enfer »).

Au final, l’utilité de ce débat est clairement remise en question. Un des participants à la communauté présidentielle 2017 affirme ainsi que « cela ne permettra en aucun cas à ceux qui hésitent encore de faire un choix ». Plutôt que ce débat à onze dont la forme rebute, ils proposent de « faire deux ou trois débats et on choisit les participants au hasard pour avoir quatre candidats à chaque fois pour que ça soit plus lisible et compréhensible. ». Des débats avec moins d’intervenants, mais également plus courts, et avec davantage de temps passé sur les différents sujets pour permettre à chacun de se faire une idée des programmes sur les sujets qui les intéressent.

Un calendrier défavorable aux petits candidats

La forme dérange, le timing également. De l’avis quasiment général, ce débat intervient trop tard dans la campagne. Comme le résume crûment l’une des participantes à la communauté, « aucun intérêt à trois semaines des élections de réunir tous les candidats qui répondront à des questions. C’est trop tard. Au lieu de perdre autant de temps en polémiques et d’essayer d’influencer les électeurs, les médias auraient mieux fait en laissant chacun exposer son programme. ».

Ce qui est reproché aux médias, c’est principalement de ne pas avoir accordé assez de place aux petits candidats pour s’exprimer sur les antennes. Ces petits candidats apparaissent donc au mieux handicapés par ce calendrier, au pire les victimes d’un « système » qui favoriserait de grands candidats qu’ils « imposeraient » aux Français. Car au-delà même d’être une option trop tardive pour ceux des électeurs qui ont déjà choisi leur bulletin, il semble que les petits candidats, notamment du fait de la forme de ce débat, ne disposeront pas de l’espace nécessaire pour présenter convenablement leur programme et donc convaincre les électeurs qui hésitent encore. Comme le déplore une des participantes, « sincèrement, il est un peu tard pour nous présenter les six autres « petits candidats ». Les jeux ne sont pas faits bien sûr, mais ils n’auront pas franchement le temps de nous présenter leur programme ».

Par conséquent, même si l’organisation du débat parvenait à répondre aux fortes attentes exprimées – un débat de fond où chaque candidat pourrait expliquer clairement et en détail ses propositions sur les questions qui comptent pour les citoyens –, resterait très certainement cette idée d’un traitement inéquitable entre les candidats. La critique à l’égard de cette campagne « pas comme les autres » ne semble donc pas près de s’éteindre. Dominée par les affaires, les attaques entre candidats au détriment du fond, elle déçoit toujours profondément les Français, qui évoquent une « campagne minable jusqu’au bout », « d’une nullité sans nom ». Le débat permettra-t-il enfin de répondre à cette question de plus en plus pressante formulée par l’un des participants à la communauté : « Depuis le début ce n’est pas une campagne présidentielle que l’on a, mais un grand cirque. Est-ce qu’on va un jour parler vraiment du fond ? »

Source : Kantar Public

Notes de la rédaction

Cette note s'appuie sur les réactions de la « communauté présidentielle 2017 »  Kantar Public-Krealinks. Cette communauté compte environ 100 participants, avec des profils diversifiés en termes de sexe, âge, catégorie socioprofessionnelle, lieu d'habitation, sympathie partisane. L'animation de la communauté, hébergée sur une plateforme Krealinks, est assurée par Kantar Public. Les participants réagissent aux sujets postés par Kantar Public et peuvent également poster leurs propres sujets sur la plateforme.

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