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France Insights

Les vieilles fractures de l'Europe

Emmanuel Rivière

Directeur France

Politique 10.04.2018 / 14:00

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Les tensions infranationales au sein des états membres : un nouveau défi pour l'Europe. Catalogne, Écosse, Italie du nord (Lombardie et Vénétie) et Flandre.

Cet article explore les origines des mouvements pour l'autonomie gouvernementale à travers l'Europe en s'appuyant sur des données électorales et diverses études, y compris l'analyse Eurobaromètre. Les quatre analyses montrent que ces quatre conflits sont causés par des facteurs similaires : le poids de l'histoire ; la relation avec l'État national et son incarnation politique ; et la relation avec le reste du pays, avec une référence particulière aux disparités économiques. La façon dont ces facteurs se combinent, cependant, est unique dans chaque cas.

C’est à Bruxelles que Carles Puigdemont a choisi de se réfugier, pour échapper aux poursuites auxquelles l’exposaient l’organisation du référendum du 1er octobre 2017 et la proclamation d’indépendance de la Catalogne.

Il se peut que le choix de la capitale Belge belge ait été guidé par le bon accueil que lui réservaient les indépendantistes flamands du VVB (Vlaamse Volksbeweging) et du NV-A (Nieuw-Vlaamse Alliantie). Reste que la présence à Bruxelles de celui qui est au coeur de la plus grave crise institutionnelle vécue par un pays de l’Union européenne est aussi un défi pour l’UE, plusieurs fois sommée de se prononcer sur la question Catalane. Menacée sur ses frontières par l’instabilité voire l’hostilité de ses voisins, secouée de l’intérieur par la progression et parfois l’accession aux responsabilités gouvernementales de formations politiques ouvertement eurosceptiques, l’Union se trouvait confrontée, à 18 mois des élections de 2019, à un nouveau défi : le réveil des vieilles fractures infranationales.

Au moment même où la crise catalane battait son plein, de manière beaucoup plus apaisée et parfaitement légale, mais avec une impressionnante détermination, les habitants de Vénétie et de Lombardie se prononçaient par référendum en faveur d’une plus grande autonomie. Au sein du Centre Kantar sur le Futur de l’Europe, nous avons voulu comprendre les ressorts de ces tentations autonomistes, dans ces deux pays, Espagne et Italie, ainsi qu’en Belgique, divisée par la fracture linguistique, et en étudiant le cas de l’Ecosse, dont la tentation indépendantiste fut réveillée au moment du Brexit. Nous l’avons fait en nous appuyant sur les données électorales et diverses études, notamment l’analyse des enquêtes Eurobaromètre. Les quatre analyses qui suivent montrent que ces quatre lignes de fractures reposent sur des éléments communs : le poids de l’Histoire, à chaque fois spécifique, le rapport à l’Etat national et à son incarnation politique, et le rapport au reste du pays, notamment par référence aux disparités des situations économiques. Mais la combinaison de ces facteurs est, chaque fois, singulière.

La question de l’Europe est toujours secondaire, les lignes de fracture remontant bien avant le traité de Rome. Mais on aurait pu imaginer qu’apparaissent deux cas de figures : d’une part, celui de l’Italie du Nord et de la Flandre, où les formations politiques autonomistes ont intégré à leur corpus idéologique un discours critique à l’égard de l’Europe ; d’autre part, celui de la Catalogne et de l’Ecosse, où l’Union européenne pouvait apparaître comme un recours et un nouvel espace de substitution à l’Etat national. Le tableau en page 12 montre qu’il n’en est rien. L’analyse du niveau d’attachement aux différentes entités réserve au contraire quelques surprises.

La seule région où la question de l’attachement au pays coupe la population en deux blocs, pour les raisons qu’analyse Vicente Castellanos, est la Catalogne. L’attachement à la Belgique est élevé en Flandre, celui pour l’Italie est très élevé en Italie du nord et identique au reste du pays. Comme l’expliquent Pierangelo Isernia et Davide Angelucci, ce qui nourrit les velléités autonomistes en Lombardie et en Vénétie est plus un rapport au reste du pays, et pour le dire plus clairement au sud du pays, plutôt qu’une hostilité à l’Etat national qui reste un espace d’identification.

Un phénomène comparable de rapport au reste du pays caractérise la Flandre, où Jan Drijvers montre cependant que les partis autonomistes ont renouvelé leur agenda en puisant davantage dans un discours hostile à l’Europe, sans que cela n’impacte l’attachement à l’Europe de la population flamande.

Le cas écossais est avec celui de la Catalogne le plus singulier : l’analyse de Christopher Hanley montre en effet que si l’Ecosse s’est nettement opposée au Brexit dans les urnes, c’est moins en raison d’un attachement supérieur à l’Europe que par la crainte des conséquences d’une sortie de l’UE. Dans ce territoire, seul des quatre étudiés qui soit moins prospère que le reste du pays, le sentiment que l’avenir serait meilleur en dehors de l’Union reste minoritaire, contrairement à l’ensemble du Royaume-Uni. Mais cela ne se traduit pas par un attachement supérieur à l’Europe, ni par rapport aux autres Britanniques, ni par comparaison avec les autres régions étudiées dans cette analyse.

Si l’Union n’est pas au centre de ces tensions infranationales, ces dernières n’en sont pas moins un défi pour l’Europe. L’ancrage historique de ces fractures, le sentiment d’être spolié au profit d’autres régions, qui les exacerbent, et la recherche de protection et de solutions dans une identité de proximité sont des mécanismes qui vont à rebours d’un projet européen visant à dépasser les plaies de l’histoire pour construire un espace de solidarité et une identité supra nationale. En revanche, si la revendication autonomiste est l’occasion d’inventer une ingénierie de la subsidiarité et de l’affectation des responsabilités au niveau adéquat, et que cette inventivité permet d’améliorer la confiance des citoyens dans les institutions et la clarté de leur fonctionnement, alors cela devient compatible avec l’ambition et les valeurs de l’Union européenne. Si l’Europe a un rôle à jouer sur ces enjeux, il doit consister à favoriser la seconde option.

Voir l'ensemble des analyses ci-dessous :

Source : Kantar Public

Notes de la rédaction

Cette note est publiée par le Centre Kantar sur le futur de l'Europe qui vise à contribuer au débat public sur l'Europe. Notre travail s’appuie sur les connaissances et les analyses de nos experts nationaux, et en particulier des données tirées de l'étude Eurobaromètre de la Commission européenne. Créé au sein de Kantar Public, société internationale d’étude et de recherche, le Centre Kantar sur le Futur de l'Europe a pour ambition de nourrir le débat public sur les enjeux européens, en s'appuyant notamment sur les experts nationaux de Kantar Public, leur connaissance de l'opinion publique, des mouvements politiques, tendances socioéconomiques et phénomènes migratoires au sein de l'Union européenne et chacun des pays qui la composent.

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