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France Insights

Élections Municipales 2020

Emmanuel Rivière

CEO Kantar, Division Public, France

Politique 12.03.2020 / 18:00

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Kantar et onepoint s'associent pour offrir une vision exhaustive des études électorales consacrées aux élections municipales, et pour analyser leur contenu et les éclairages qu'elles offrent sur les tendances nationales et les enjeux locaux.

Au fur et à mesure de leur publication, tous les sondages publiés par les sociétés d'études seront compilés ici et accessibles via notre carte interactive, qui permet aussi de retrouver les analyses par ville des experts de Kantar. Les éléments contextuels pouvant éclairer le scrutin sont également analysés ici.


SOMMAIRE  :  CARTE INTERACTIVE  |  LES ENJEUX  |  MUNICIPALES PAR VILLE



CARTE INTERACTIVE



MUNICIPALES : LES LEÇONS DES SONDAGES

Près de 80 sondages d’intentions de vote, ayant interrogé depuis janvier 2020 les électeurs dans une cinquantaines de villes, ont été rendus publics. Ils sont répartis au gré des partenariats avec la presse locale, de l’intérêt focalisé sur certaines grandes villes ou personnalités emblématiques, parfois diffusés parce qu’un candidat qui les avait commandés a jugé utile de les faire paraître. Tous sont disponibles sur le site de la Commission des sondages. Ils n’offrent qu’une vision très parcellaire du territoire, certains seront démentis le soir du premier tour, pour diverses raisons tant techniques que politiques. Mais à moins qu’un problème systémique n’ait conduit les sondages à surreprésenter ou sous-estimer un camp en particulier, ils donnent un utile avant-goût de ce que pourraient être les leçons du premier tour.

Tous les sondages auxquels il est fait référence ici sont accessibles via notre carte interactive.

La République en Marche à la peine

Le mouvement créé en 2016 par Emanuel Macron, dont les rares maires sortants avaient été élus sous une autre étiquette en 2014, affronte les municipales avec l’avantage de ne quasiment rien pouvoir perdre, et l’inconvénient de ne bénéficier presque nulle part de la prime au sortant. C’est donc là où la succession était ouverte que les sondages publiés nous renseignent le mieux sur les performances du parti présidentiel. A Strasbourg, à Rouen, à Marseille, à Metz (où les 3 circonscriptions ont désigné un député LREM) à Besançon (où le sortant avait rejoint LREM), les maires en place ne se représentent pas, offrant des opportunités de conquête. Dans aucune de ces villes le chemin de l’hôtel de ville ne semble facile pour le candidat investi par la République en Marche. La meilleure chance se trouve à Strasbourg, où Alain Fontanel, fort du soutien du Maire sortant PS Roland Ries est crédité par Ifop de 25% des intentions de vote. Mais ce sondage montre un coude à coude serré avec la candidate écologiste soutenue par le PC, Jeanne Barseghian (27%), qui laisse un second tour très incertain en fonction du maintien ou des fusions de la liste LR (14%) ou des deux listes de gauche données à 9%.

A Besançon, Eric Alauzet, également issu de la gauche, est donné nettement devancé par la liste d’alliance à gauche emmenée par l’écologiste Anne Vignot. A Rouen Jean-Louis Louvel est devancé par deux listes de gauche, sans beaucoup de réserves. Dans les autres villes « ouvertes » où les sondages nous renseignent, Marseille et Metz, la liste LREM fait de la figuration. A cette liste pourrait s’ajouter Bordeaux, où le successeur désigné d’Alain Juppé, Nicolas Florian, ne laisse pas beaucoup d’espace ni d’espoir à Thomas Cazenave. Les sortants investis par LREM ne sont pas non plus à la fête. A La Rochelle, Jean-François Fountaine, soutenu aussi pas le PS, est talonné par Olivier Falorni, qui a déjà montré son talent de tombeur de candidat officiel. Situation symétrique à Orléans, où l’ex LR Olivier Carré est menacé par le retour du Républicain Serge Grouard dont il fut le premier adjoint. A Lyon, capitale macroniste, les candidats portant les couleurs LREM jouent les premiers rôles dans les sondages, que ce soit au niveau de la ville et de la métropole, portés par la popularité de Gérard Collomb. Toutefois, qu’il s’agisse de la ville ou de la métropole, les dissidences et la montée en puissance ne facilitent pas la tâche de Yann Cucherat et de Gérard Collomb à qui BVA accorde certes la première place, mais moins d’un quart des voix. Cela reste plus favorable à Lyon qu’à Paris. Si Agnès Buzyn ne semble pas pâtir de son entrée tardive en campagne, elle est reléguée à la troisième place des derniers sondages Ipsos et BVA. Rappelons qu’à Paris comme à Lyon, les sondages globalisant ville ou métropole nous renseignent assez peu sur l’issue d’un scrutin qui se jouera au niveau des arrondissements et circonscriptions.

Il n’est pas exclu que la majorité présidentielle n’ait pas beaucoup de motifs de se réjouir le 22 mars en dehors des villes où LREM soutient un sortant qui se présente sous une autre étiquette, comme Jean-Luc Moudenc à Toulouse, en tête selon l’Ifop, Natacha Bouchart à Calais ou Xavier Bonnefont à Angoulème, tous favoris. Même si aucune intention de vote n’a été publiée à Angers, Christophe Béchu – ex-LR soutenu par LREM – paraît a priori en bonne position : une enquête Kantar réalisée en 2019 montrait un haut niveau de satisfaction des Angevins à l’égard de l’action conduite depuis 2014. Une satisfaction pour la majorité pourrait venir du Havre, où Edouard Philippe est crédité par l’Ifop d’un confortable 42%, et on peut imaginer un destin similaire pour Gérard Darmanin à Tourcoing, où aucun sondage n’a été effectué. En revanche dans certaines villes où le maire sortant de droite est bien implanté, les candidats LREM sont crédités de scores très faibles. C’est le cas à Reims (5% pour Gérard Chemla), à Troyes (5% pour Loëtitia Dautet-Carougeat) ou Chambéry (7% pour Christian Saint-André).

Les Républicains forts (ou faibles) de leurs bilans locaux

Triomphants en 2014, à la peine aux européennes, les Républicains auraient beaucoup à perdre si le vote municipal n’était que la déclinaison locale des rapports de force nationaux. Mais les vagues bleues ou roses ne font basculer dans un camp ou l’autre que les villes fragilisées par un sortant contesté ou une succession mal assurée, et préservent les maires bien campés sur leur bilan. Cela semble être le cas dans la grande majorité des villes actuellement détenues par la droite où nos confrères ont sondés. A Troyes la réélection, encore une fois dès le 1er tour, semble acquise pour François Baroin. Position confortable aussi pour Boris Ravignon à Charleville-Mézières. A Nice Christian Estrosi, proche selon le sondage Ifop de l’élection dès le 1er tour, ferait alors mieux qu’en 2014. Même constat à Grasse pour Jérôme Viaud. Arnaud Robinet, qui s’était emparé de Reims en 2014, pourrait ne pas avoir à y affronter de second tour cette année. A Nîmes Jean-Paul Fournier fait aussi la course en tête (33% selon Ifop, proche de son score de 2014). A Chambéry Michel Dantin reculerait par rapport à 2014, mais il faudrait une union de toutes les gauches particulièrement réussie pour le déloger de la Mairie. Quand les candidats Républicains sont à la peine, c’est en raison d’un bilan critiqué, comme cela semble être le cas de Jean-Marc Pujol à Perpignan ou d’Antoine Audi à Périgueux, qui selon BVA, ferait mois de 20% dans un paysage incroyablement éclaté. Une succession en cours de mandat peut aussi être une fragilité. A Tours, Christophe Bouchet est ainsi menacé par l’union des gauches. Les risques de pertes sont d’autant plus grands que le cru 2014 avait été particulièrement riche pour le parti alors dirigé par Jean-François Copé, a fortiori quand les conquêtes de 2014 concernaient des bastions de gauche (Limoges, Niort, La Roche-sur-Yon entre autres) dont on ignore s’ils peuvent revenir au bercail. Mais globalement si les sondages disponibles reflètent la tendance générale, les Républicains devraient conserver leur domination sur la France des villes, et par conséquent leur majorité au Sénat, malgré la présence sur un certain nombre de listes (dès le premier tour ou en cas de fusion en vue du second) de candidats LREM.

Socialistes et écologistes, frères amis ou ennemis, peuvent reconquérir des villes

Sans la profonde transformation de notre paysage politique, le gouvernement serait aujourd’hui exercé par la droite, confrontée à l’usure, et les municipales offriraient au Parti Socialiste l’occasion de regagner par dizaines les mairies perdues en 2014. Mais ce ne sont pas les vainqueurs de 2014 qui sont aux responsabilités, et La République en Marche, tout en étant confrontée à l’impopularité, continue à exercer localement une ponction dans l’ancien électorat socialiste. Autre composante du nouvel ordre politique, la poussée écologiste change considérablement la donne et les rapports de forces à gauche, avec une variété de configurations sur lesquelles les sondages disponibles donnent d’intéressantes indications. De manière générale, la question est moins de savoir si les villes actuellement détenues par la gauche (essentiellement le Parti Socialiste) peuvent basculer à droite ou au centre, mais avec quelle majorité elles vont rester à gauche. Outre Paris, les possibilités de bascule signalées par les enquêtes concernent Besançon, et Strasbourg, déjà évoqués, où les candidats LREM sont adoubés par les socialistes sortants. Aucun sondage dans une ville actuellement détenue par la gauche ne signale un scénario de bascule vers les Républicains. Cela se produira sans doute ici ou là, mais si les sondages disent vrai ce ne sera pas la tendance de ces élections. Nous reviendrons plus loin sur les possibilités de conquêtes de villes de gauche par le Rassemblement national, qui ne paraît vraisemblable dans aucune des grandes villes de gauche sondées. La principale leçon des sondages à ce stade concerne à la fois les rapports de forces à gauche, et la performance des listes d’union du PS avec les écologistes. Ce dernier cas de figure semble la meilleure option pour le renouvellement des majorités sortantes : une confortable première place semble assurée aux maires qui ont su maintenir cette unité, comme à Blois (45% selon Ifop) ou Clermont-Ferrand (45% également). En conquête à Millau, l’union de la gauche et des écologistes, avec 32%, taquine la liste du maire sortant Christophe Saint-Pierre (35% dans le sondage Ifop).

La configuration, très instructive pour l’avenir de la gauche, d’une union menée par une tête de liste écologiste obtient des scores similaires à Tours (35%) ou Besançon (34%). Dans les deux cas, il s’agit de s’opposer au sortant ou à une liste soutenue par le sortant. Si l’union semble partout payante, la division n’est pas nécessairement fatale. Une leçon majeure du premier tour sera donnée par les nombreuses compétitions où non seulement le PS et EELV font liste à part, comme à Paris ou Lyon, mais où ces listes occupent les deux premières places : c’est le cas à Lille et Nantes, où les maires sortantes, en tête, ont pour principales concurrentes les listes conduites par EELV, tout comme à Poitiers et même à Dijon, malgré la nette avance de François Rebsamen. A Rouen, où le socialiste Yvon Robert ne se représente pas, la liste menée par l’écologiste Jean-Michel Bérégovoy (24%) est située par Ipsos au coude à coude avec celle du socialiste Nicolas Mayer-Rossignol (22%) qui devance la liste LREM de Jean-Louis Louvel (19%). Dans les sondages disponibles, ces compétitions plus ou

moins serrées sont plus nombreuses, s’agissant des villes de gauche actuelles ou gagnables, que celles où les Verts tiennent une place plus habituelle de force d’appoint, Lens étant la seule ville sondée dans ce cas. Situation inverse à Grenoble où l’écologiste sortant Eric Piolle domine (36% selon Ipsos) un quarté où Alain Carignon (DVD, 20%), Olivier Noblecourt (PS, 19%) et Emilie Chalas (LREM,16%) sont au coude-à-coude. A Montpellier enfin (sortant de gauche) tout comme à Périgueux (sortant de droite) la compétition à gauche s’organise façon puzzle, avec une répartition instable et incertaine où tout le monde est en dessous de 20% selon Ifop et Ipsos. Autre leçon de ces sondages : la France Insoumise, lorsqu’elle présente des listes qu’elle dirige, n’atteint pas le seuil de 10%, confirmant – et justifiant – le souhait de Jean-Luc Mélenchon de ne pas faire de cette élection un test pour sa formation. Pour le Parti Socialiste et EELV en revanche le rendez-vous est majeur, car il montrera les effets de l’union et de la division, et redéfinira localement et nationalement la hiérarchie à gauche.

Le Rassemblement national sous le radar

Les élections municipales restent un défi pour le Rassemblement national confronté à deux écueils : sa faiblesse électorale dans les grandes villes en dehors de ses zones de forces, et sa difficulté à trouver suffisamment de volontaires pour constituer des listes paritaires dans les villes moyennes et les petites communes, y compris là où il obtient de bons scores aux autres élections. L’équation pour lui se résume à deux questions : sa capacité à conserver les villes qu’il détient, et à y ajouter de nouvelles conquêtes. A la première question, une indication est donnée à Fréjus où l’enquête Ifop du mois de février crédite le maire sortant David Rachline d’un score, 51%, supérieur de 11 points à son résultat du 1er tour de 2014, rendant possible sa victoire dès le 15 mars. Elu à Béziers avec le soutien du Front national, Robert Ménard, qui ne revendique aujourd’hui le soutien d’aucun parti, paraît en très bonne voie de réélection, un sondage Ifop lui attribuant 61% des intentions de vote. Ces deux exemples, a fortiori le second, ne peuvent être mécaniquement transposés à l’ensemble des villes actuellement détenues par le parti de Marine Le Pen. De Hénin-Beaumont, où Steeve Briois l’avait emporté dès le premier tour en 2014, à Mantes-la-Ville conquise par surprise à la faveur d’une triangulaire où Cyril Nauth avait réuni 30,3% des suffrage, les chances ne sont pas les mêmes. Les conquêtes de nouvelles grandes villes restent un défi pour le Rassemblement national qui ne peut compter sur aucun allié de poids. Ses meilleurs espoirs se trouvent à Perpignan, où Louis Alliot pourrait retrouver son score de 2014 (34%, les sondages lui attribuant de 30 à 35% des voix) face à un maire sortant affaibli, avec des intentions de vote 10 points en dessous de son score de 2014 (30%). Les difficultés de la majorité actuelle et l’éclatement des forces rendant très improbable un front uni contre le RN, une triangulaire pourrait lui donner la victoire. A Avignon la liste RN conduite par Anne-Sophie Rigault obtient dans l’enquête Ifop un estimable 27%, mais l’union des listes PS-PC (29%) et EELV (16%) devraient facilement lui faire barrage si ces niveaux étaient vérifiés le 15 mars. Dans d’autres villes où le RN a surperformé à la présidentielle ou aux européennes, le RN se trouve à l’inverse confronté à la popularité du maire sortant, soit de droite (Toulon, Grasse, Calais), soit de gauche (Lens, où la liste PS est placée à 51% selon le sondage Ifop). Les conquêtes probables du Rassemblement national, qui devrait logiquement améliorer son compteur de villes gérées (et son implantation locale en vue des départementales) passent sous le radar des sondages, qui se sont focalisés sur les grandes villes.

Outre l’inconnue de la France périphérique, les sondages laissent une zone d’ombre majeure, celle des banlieues, zone de reflux du socialisme en 2014, où se joue aussi l’avenir du communisme municipal. La seule indication dont nous disposons se trouve à Montreuil, où le communiste Patrice Bessac, allié au PS (48% selon l’Ifop) devance nettement la liste de l’écologiste Mireille Alphonse (20%). Cela ne nous dit rien de la compétition qui oppose ailleurs dans le département le PC, le PS, et la droite conquérante en 2014. La carte des sondages est donc loin de tout nous dire de ces élections. Mais si ces enquêtes disent vrai, elles livrent une leçon majeure : les « vieux partis » vont résister, et la carte électorale multicolore du 22 mars ne ressemblera pas à celle, binaire, des européennes.



MUNICIPALES PAR VILLE

ANGERS

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BESANÇON

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BORDEAUX

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GRENOBLE

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LA ROCHELLE

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LIMOGES

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LYON

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MARSEILLE

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METZ

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MONTÉLIMAR

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MONTPELLIER

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NICE

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NÎMES

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PERPIGNAN

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STRASBOURG

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 TOULOUSE

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Source : Kantar

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