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France Insights

Les salariés français face à l'épidémie de COVID-19

Emmanuel Rivière

CEO Kantar, Division Public, France

Societe 04.05.2020 / 09:00

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Notre étude, réalisée pour la CFDT, recueille la perception des Français sur l'impact de la crise sur leur situation professionnelle et leur vison de l'avenir.

Une situation professionnelle fortement impactée

Près de 7 salariés français sur 10 ont vu leur situation professionnelle affectée par la crise liée à l'épidémie de COVID-19. Ainsi, un quart des salariés français interrogés continue à travailler, mais différemment, et 28% sont en inactivité totale (chômage partiel ou arrêt de travail).

C'est également plus d'1/4 des salariés (28%) qui indique une perte de salaire. Il se crée ici un écart très net entre les salariés des petites structures et les autres : en dessous de 50 salariés, plus de 40% constatent une telle perte.

Trois grandes situations professionnelles prédominent en période de confinement :

  • Ceux qui continuent à travailler sans changement de rythme ni de lieu (28%), et ceux-là s'estiment fortement exposés aux virus (87% de ceux qui continuent à travailler au même endroit), en particulier dans les commerces et autres établissements recevant du public. En revanche, seuls 13% ont vu leur salaire diminuer depuis le début de l'épidémie, et ils sont 56% à affirmer que la crise n'impactera pas leur salaire.
  • Ceux qui sont en chômage partiel (à 100% pour plus de la moitié d'entre eux) ou en arrêt : 42%. 56% d'entre eux subissent une perte de revenu, et c'est chez eux qu'on trouve aussi les plus hauts niveaux d'inquiétude (et d'isolement chez ceux qui sont sans activité)
  • Ceux qui continuent à travailler au même rythme, mais en télétravail. Ceux-là (25%) sont assez satisfaits de leur sort et notamment de leurs conditions de travail. Ils ressentent moins l'isolement que ceux qui sont en chômage partiel. S'ils ont pour l'instant peu subi de baisse de salaire (17% d'entre eux), ils sont 39% à en anticiper une du fait de la crise actuelle. A noter : Il y a moins de 7% qui cumulent télétravail et chômage partiel.

Une inquiétude par rapport à la situation actuelle et ses impacts sur l'emploi et les salaires

Dans ce contexte, les sentiments dominants parmi les salariés oscillent entre l'inquiétude (51%), la patience (46%) et l'impuissance (37%). Chez ceux qui ont cessé de travailler, l'isolement est également un sentiment largement exprimé (36% contre 26% pour ceux encore en activité).

Cette inquiétude se confirme par ailleurs lorsque l'on interroge les salariés sur leur situation professionnelle en particulier : 56% des salariés se disent plus ou moins inquiets en ce qui concerne les conséquences de l'épidémie sur leur situation professionnelle (dont 18% très inquiets). Cette inquiétude culmine chez les ouvriers (63%) et est inégalement distribuée entre les salariés du public (48%) et du privé (61%), et en fonction de la taille d'entreprise (seuls 42% des salariés d'entreprises de plus de 5000 salariés se disent inquiets).

79% des salariés interrogés anticipent un impact sur l'avenir de leur entreprise ou administration, dont 35% un impact grave (40% dans le privé). Tous les secteurs sont également concernés.

Les inquiétudes sont diverses : augmentation du temps de travail, dégradation des conditions de travail, baisse de salaire, suppressions d'emploi et même de son propre emploi chez 26% des salariés (31% des salariés du privé). La crainte d'une baisse de salaire est particulièrement élevée parmi les ouvriers et salariés des PMEs, et chez ceux dont la situation professionnelle a été impactée par la crise.

Gestion de crise et sources d'information sur les conséquences de la crise

1/4 des salariés considèrent que leur employeur n'a pas pris les bonnes mesures face à cette crise (32% chez les salariés du transport). Cela touche également davantage ceux qui n'ont pas changé de situation de travail (29%). On note aussi une variation du simple au triple de ce mécontentement selon que l'employeur a (13%) ou non (36%) consulté les représentants des salariés. 37% des salariés font part d'une telle consultation, soit les 2/3 des cas où la présence des représentants est identifiée et la situation d'un dialogue connue.

Par ailleurs, 1/4 des salariés ne font pas confiance à leur employeur concernant l'adaptation des conditions de travail et la protection sanitaire des travailleurs. Là encore, la consultation des représentants des salariés divise par deux l'inquiétude.

Jusqu'alors, l'employeur a été la principale source d'information des salariés sur les enjeux liés à l'épidémie – devant les pouvoirs publics et les syndicats - que ce soit sur les risques pour leur santé (47%), leurs droits en tant que travailleur (44%) ou les conséquences économiques de la crise (33%). Les salariés du public mentionnent plus largement avoir obtenu des informations de la part des syndicats ou représentants du personnel, notamment sur les risques pour leur santé (23% du public, 12% du privé) et leurs droits en tant que travailleurs (24% du public, 12% du privé). Sans surprise, c'est aussi vrai parmi ceux disposant d'un syndicat sur leur lieu de travail (+21 points sur leurs droits en tant que travailleur, +19 points sur les risques pour leur santé, +13 points sur les conséquences économiques). Il existe cependant un vrai déficit d'information sur les conséquences économiques de la crise (43% n'ont reçu aucune information à ce sujet), principalement, mais aussi sur le droit du travail en cette période (36% n'ont reçu aucune information).

Dans l'ensemble, les salariés se disent plutôt satisfaits de l'information fournie, bien qu'une certaine insatisfaction quant à la communication des pouvoirs publics se fasse sentir (35% d'insatisfaits de l'information des pouvoirs publics contre 23% pour celle de l'employeur et 22% pour celle des syndicats).

Dans ce contexte, quelles solutions pour une meilleure sortie de crise ?

Les salariés se déclarent plutôt satisfaits de l'action des pouvoirs publics envers les entreprises et administrations pour faire face à la crise, sans considérer massivement que des contreparties s'imposent (seulement 57% le pensent). Tout se passe comme si l'inquiétude sur l'avenir de l'entreprise imposait qu'on les aide tout en évitant de trop leur en demander.

L'attente à l'égard des pouvoirs publics est forte également en termes d'aides à apporter aux individus. Les situations qu'il serait prioritaire de secourir sont assez nettement distinguées : les personnes souffrant de pathologies (prioritaires pour 68% des salariés), celles qui doivent travailler et garder leurs enfants (59%) et celles qui doivent prendre soin d'un proche dépendant (58%). L'attention portée par les salariés à la situation des auto-entrepreneurs est aussi à souligner (53%), ainsi qu'à celle des personnes employées chez des particuliers (44%) et des travailleurs précaires (48%).

Face à la crise et à ses conséquences, près de la moitié des salariés est prête à des sacrifices : supprimer un jour férié, durcir les conditions d'accès à l'assurance chômage, geler le smic ou des prestations sociales ou allonger le temps de travail hebdomadaire sont des options jugées acceptables par plus de 40%. Mettre les plus riches à contribution est plébiscité (87%), mais pas la hausse de l'impôt sur le revenu (24%) ce qui confirme que cet impôt n'est pas perçu comme pesant principalement sur les plus riches.

Par ailleurs, la baisse des dépenses publiques, très largement soutenue (77%) par des salariés qui par ailleurs réclament plus de moyens pour les services publics, confirme chez eux le hiatus déjà constaté chez les Français. Persuadés qu'il y a entre les dépenses publiques et ce qui leur revient via les services publics une forme de déperdition ou de gaspillage, les salariés pensent donc ne pas en avoir pour leur argent : ils croient en une optimisation possible des dépenses publiques qui permettrait la réduction des dépenses tout en améliorant les services publics.

Parmi les attentes pour une société post-épidémie, au même niveau que l'amélioration des services publics (revoir le mode de gestion des services publics et leur donner plus de moyens est indispensable pour 58% des salariés) figure le fait de repenser les modes de production et les filières d'approvisionnement pour les rendre plus respectueux de l'environnement et du climat (59%), ainsi que de renforcer la coopération internationale sur les enjeux de santé (56%). Plus important encore, les salariés expriment deux attentes très nettes, adressées aussi bien aux employeurs qu'aux pouvoirs publics : relocaliser en France des production clés (73%) et revaloriser les emplois dont la crise a montré le caractère indispensable (72%).

Les 3/4 des salariés s'attendent à une évolution des manières de travailler du fait de la crise actuelle, notamment ceux dont la situation professionnelle a déjà été impactée (78%). Cependant, ceux qui anticipent cette évolution sont très partagés quant à la nature de ces changements : 52% les imaginent à la fois positifs ou négatifs, quand ¼ les imagine plutôt positifs, et l'autre quart plutôt négatifs.

Dans ce contexte incertain, 68% des salariés attendent des syndicats qu'ils jouent un rôle dans la réponse à apporter aux conséquences de la crise actuelle.

Voir l'ensemble des résultats ci-dessous :

Source : Kantar

Notes de la rédaction

Enquête online réalisée du 16 au 22 avril auprès d’un échantillon de 1005 personnes, représentatif de la population salariée âgée de 16 ans et plus.

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